A l’été 2024, j’avais fait partie de celles et ceux, nombreux, qui s’étaient investis dans la construction d’un front républicain entre la gauche et le « bloc central » pour barrer la route au Rassemblement national (RN), malgré tous les reproches accumulés depuis 2017 contre Emmanuel Macron et celles et ceux qui l’avaient soutenu, amenant ainsi le pays dans l’impasse.
Comme beaucoup, j’avais été catastrophé au cours des mois suivants par la gestion des résultats de ce scrutin par le président de la République et le « bloc central ». Ils avaient en effet constamment refusé tout dialogue avec la gauche et préféré construire une alliance avec ceux qui, à droite, avaient combattu ce front républicain afin de chercher en priorité le soutien du RN. Ce qui constituait une trahison du mandat donné par les électeurs.
Après les échecs successifs de Michel Barnier et de François Bayrou, et devant l’aggravation de la situation géopolitique mondiale résultant du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, j’avais eu la naïveté de croire que le temps était enfin venu de donner enfin corps au Parlement et au gouvernement au front républicain qui avait remporté les élections législatives anticipées de 2024.
Avec le choix de Sébastien Lecornu comme Premier ministre puis avec les orientations que celui-ci dessine, notamment dans sa récente interview au « Parisien » et la fin de non-recevoir qu’il oppose à toutes les demandes de la gauche et du mouvement syndical, force est de constater qu’il n’en est rien en réalité. Emmanuel Macron ne veut manifestement toujours pas en entendre parler.
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Dans le livre « Palais Bourbier » (Robert Laffont), les informations recueillies par le journaliste du « Figaro » Wally Bordas auprès de proches du chef de l’Etat confirment ce que chacun avait déjà pressenti : si Emmanuel Macron avait dissous l’Assemblée nationale en 2024, c’était parce qu’il souhaitait une victoire du Rassemblement national. Et il avait par la suite tenté d’empêcher le front républicain qui l’a privé du résultat qu’il appelait de ses vœux, notamment en appelant plusieurs candidats du parti présidentiel pour les inciter à se maintenir au second tour, au risque de faire élire des candidats RN. Il considérait sans doute que, grâce à son intelligence supérieure et son habileté politique légendaire, il parviendrait sans difficulté à maîtriser un Premier ministre issu du RN et à épuiser son gouvernement d’ici à 2027. Comme le pensaient déjà Paul von Hindenburg et Franz von Papen en 1933… Il n’a visiblement pas changé d’avis depuis et préfère toujours prendre le risque de porter le RN au pouvoir plutôt que de devoir rechercher sérieusement un compromis avec la gauche afin de l’éviter.
Tous les démocrates, s’il en reste au sein du « bloc central », doivent maintenant d’urgence agir pour empêcher le président de la République de pousser le pays sous les roues du camion en refusant une fois de plus le front républicain pour préférer jouer la carte du RN au pouvoir. En 2024, c’était déjà totalement irresponsable, aujourd’hui, avec Donald Trump à la tête des Etats-Unis, ce serait franchement criminel.
L’avenir de la République et de la démocratie sont en jeu. En France comme en Europe.
BIO EXPRESS
Guillaume Duval, coprésident du club Maison commune et ex-rédacteur en chef d’« Alternatives économiques », a été speechwriter de Josep Borrell, ancien haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité et vice-président de la Commission.
