Déjà dix ans… Une décennie après l’euphorie déclenchée par l’accord de Paris, Romain Mouton, président du Cercle de Giverny, think tank de référence sur la transformation écologique et sociale des entreprises, publie un essai intitulé Climax. Croissance ou planète : pourquoi choisir ? (à paraître le 8 octobre). Le constat de départ est tout à fait déprimant : malgré l’essor des énergies renouvelables et les beaux discours autour de la préservation de l’environnement, l’écart entre promesses et actions demeure abyssal.
L’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C d’ici à 2030 paraît inatteignable. Le contexte géopolitique n’arrange rien : de la reconquête de la Maison-Blanche par Donald Trump, qui a qualifié le changement climatique de « canular », à la montée en puissance de partis climatosceptiques en Europe.
Mais Romain Mouton ne s’arrête pas là. Tout est encore possible, mais cela se joue… maintenant ! Le mot « climax » désigne d’ailleurs ce moment de tension maximale (climatique, politique, économique) où les décisions ne peuvent plus être reportées. « L’instant où tout peut dérailler, ou bien, au contraire, basculer positivement », écrit Romain Mouton, qui reste résolument optimiste.
Message simple et révolutionnaire
Sans langue de bois, exemples concrets à l’appui, l’auteur commence par critiquer sévèrement l’échec de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) traditionnelle. Elle souffre de quatre maux qui sapent sa crédibilité : l’excès de technicité (il évoque le jargon illisible des normes imposées par la directive européenne CSRD) ; le piège de la culpabilisation ou l’écologie « punitive », qui ne suscite que rejet et écoanxiété ; la réduction de la RSE à un exercice de relations publiques ou à un « maquillage vert » (il décortique le cas du Dieselgate de Volkswagen) ; et la confusion avec le militantisme idéologique, qui lui permet de revenir sur l’éviction d’Emmanuel Faber de la direction de Danone.
Le message de Romain Mouton est à la fois simple et révolutionnaire : les entreprises se doivent d’être les meilleures alliées de la planète, non par altruisme mais pour survivre, car, désormais, leur pérennité repose sur la durabilité comme condition essentielle de leur rentabilité face à la raréfaction des ressources et aux chocs climatiques. L’ouvrage plaide donc pour une réconciliation entre business et planète comme nécessité stratégique.
Et le conseiller de dirigeants va plus loin, la rationalité ne suffisant pas à déclencher la mobilisation générale. Les récits apocalyptiques ne fonctionnant pas, il faut inventer une contre-offensive narrative, rendre l’écologie désirable et engageante. C’est d’une véritable guerre culturelle qu’il s’agit. Le 10 novembre prochain, la COP30 aura lieu à Belém, au Brésil, aux portes de l’Amazonie. Un symbole, tant ce « poumon vert » de la planète est menacé… Le rendez-vous sera bien sûr décisif. Les centaines de participants pourraient être bien inspirés de lire l’essai de Romain Mouton sur le chemin du Brésil.
Extrait
« Dans ce monde de tensions systémiques, les entreprises […] sont à la fois exposées et impliquées, parfois motrices du changement. D’où la question cruciale de leur responsabilité (et de son incarnation stratégique). Face à ces bouleversements, la RSE se trouve à un carrefour critique. Son approche traditionnelle – rapports épais, critères ESG, communication vertueuse – n’a pas su convaincre suffisamment d’acteurs économiques. Pire, elle fait désormais l’objet d’attaques frontales. Aux États-Unis, le mouvement « anti-woke » cible spécifiquement les entreprises engagées sur les questions environnementales et sociétales. En Europe, on observe une « fatigue de la durabilité » face à l’inflation des normes et des reportings. La RSE, malgré ses bonnes intentions, souffre de multiples handicaps : trop technique, trop déconnectée du business, parfois moralisatrice ou culpabilisante. Au regard de ces vents contraires, nombre d’entreprises pourraient être tentées de faire profil bas. Ce serait une erreur stratégique majeure. Quand bien même les critiques contre certaines pratiques RSE superficielles sont légitimes, la réalité du changement climatique s’impose à tous. Les organisations qui l’ignorent préparent leur propre obsolescence. »











