Retour sur la scène de la mort de Jean Tatlock dans Oppenheimer
La scène poignante de la mort de Jean Tatlock (Florence Pugh) dans le film Oppenheimer de Christopher Nolan soulève des questions sur la culpabilité et les théories du complot, illustrant avec finesse les relations complexes qui entourent Oppenheimer.
Oppenheimer : la scène de la mort de Jean Tatlock
Avec Oppenheimer, Christopher Nolan a réussi son pari. Le réalisateur a obtenu un succès critique et public avec un biopic de trois heures sur l’homme à l’origine de la bombe atomique. Le film a remporté un grand nombre de récompenses, dont pas moins de 7 Oscars, parmi lesquels ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur acteur pour Cillian Murphy. Ce dernier incarne ici Julius Robert Oppenheimer et porte littéralement le film. D’autres interprètes brillent également, comme Emily Blunt, Robert Downey Jr. et Florence Pugh.
Celle-ci interprète Jean Tatlock, un des premiers amours d’Oppenheimer, qui sera sa maîtresse pendant un certain temps. Bien que sa présence à l’écran soit limitée à quelques minutes (ce qui a valu à l’actrice les excuses de Christopher Nolan), son rôle s’avère crucial pour le développement du personnage principal. La performance remarquable de la comédienne reste gravée dans les mémoires, tout comme le destin tragique de la psychiatre.

Christopher Nolan n’a pas éludé la mort de Jean Tatlock, qui s’est suicidée le 5 janvier 1944 à l’âge de 29 ans. Dans Oppenheimer, le cinéaste dépeint cet événement de manière singulière. Il choisit un montage déconstruit (dans une veine semblable à des séquences d’Insomnia ou Inception) et opte pour une luminosité assez sombre. On aperçoit Jean Tatlock dans sa salle de bain en train de se suicider en se noyant dans sa baignoire.
Un gant noir qui renvoie à la théorie d’un complot
Durant cette scène, on peut distinguer un plan furtif d’environ 2 secondes d’un gant noir. Au premier visionnage, il est facile de le manquer. Mais en y regardant de plus près, on réalise qu’il s’agit d’une main placée sur la tête de Jean Tatlock, qui la maintient sous l’eau. Cela pourrait symboliser la culpabilité d’Oppenheimer, qui, à ce moment-là, pense être responsable du suicide de son ancienne maîtresse. C’est d’ailleurs ce qu’il affirme à sa femme Kitty (Emily Blunt). Cependant, cet insert permet également à Christopher Nolan d’évoquer une autre théorie, à savoir que Jean Tatlock aurait pu être assassinée.
Après la mort de Jean Tatlock, une enquête a été menée, concluant à un suicide. Néanmoins, plusieurs éléments troublants alimentent une théorie du complot. Il a été confirmé que la jeune femme avait bien absorbé des barbituriques, mais pas à une dose mortelle. De plus, elle aurait pris un repas complet avant de se donner la mort, un comportement inhabituel dans les cas de suicide. De surcroît, l’autopsie aurait révélé des traces d’hydrate de chloral, substance connue pour ses effets sédatifs. Le site Dexerto rapportait une citation du livre An Atomic Love Story: The Extraordinary Women in Robert Oppenheimer’s Life, indiquant : « Si administré avec de l’alcool, le chloral hydrate est l’ingrédient actif de ce que l’on appelait alors communément un ‘Mickey Finn’, une boisson pour assommer« .
Un choix pas anodin de Christopher Nolan
Certes, Jean Tatlock aurait pu ingérer ces produits de manière volontaire pour se suicider. Toutefois, le dernier élément intrigant dans cette affaire est sa lettre de suicide, une note non signée. Le scénariste Bruce Robinson, à l’origine du film Les Maîtres de l’ombre (1989), qui racontait déjà l’histoire du Projet Manhattan, a mené de nombreuses recherches sur Jean Tatlock. Les résultats de ses investigations n’ont fait que renforcer la théorie du complot. Plusieurs proches ont affirmé qu’elle n’était pas déprimée à ce moment-là. Des spécialistes ont aussi trouvé étrange que des analyses plus approfondies n’aient pas été réalisées sur une personne aussi influente que la maîtresse d’Oppenheimer.
Il est plausible de penser que le gouvernement l’avait sous surveillance, car elle était membre du Parti communiste. En voyant le portrait de Boris Pash (Casey Affleck) dans le film, manifestement prêt à torturer des espions supposés et à les faire disparaître, on est enclin à croire à la théorie du complot. Cependant, tout cela demeure au rang des hypothèses. Actuellement, rien ne démontre que Jean Tatlock n’a pas mis fin à ses jours de son propre chef. Christopher Nolan a, en tout cas, choisi de faire un clin d’œil à cette hypothèse avec ce plan furtif du gant noir. En superposant les images aux mots d’Oppenheimer, le réalisateur laisse au spectateur le choix d’interpréter cela comme la preuve d’un complot ou simplement comme le reflet de la culpabilité du père de la bombe atomique.